
La disparition des tarifs réglementés de vente du gaz a transformé le quotidien contractuel des copropriétés chauffées au gaz. Chaque syndic doit désormais choisir une offre de marché, souvent sous la pression d’un conseil syndical attentif à l’évolution des charges. Face à des devis aux formats hétérogènes et à un marché peu lisible, la méthode compte autant que le prix affiché. Cet article détaille les règles applicables, les fournisseurs éligibles et une grille concrète pour arbitrer entre prix fixe et prix indexé.
Réponse directe : Depuis le 1er juillet 2023, les copropriétés doivent souscrire une offre de marché auprès d’un fournisseur de leur choix. Le syndic compare les devis sur une base commune (même date, même Consommation Annuelle de Référence, mêmes conditions HT/TTC) puis arbitre entre prix fixe (visibilité) et prix indexé (potentiel de baisse) selon le profil budgétaire de l’immeuble.
Fin des tarifs réglementés du gaz : qu’est-ce que cela change pour une copropriété ?
Les tarifs réglementés de vente (TRV) du gaz naturel ont été supprimés le 1er juillet 2023, en application de la loi relative à l’énergie et au climat du 8 novembre 2019. Cette suppression concerne l’ensemble des clients, y compris les copropriétés disposant d’un chauffage collectif alimenté au gaz. Le contrat historique à prix réglementé n’existe plus : chaque immeuble est désormais fourni dans le cadre d’une offre de marché, librement négociée.
Pour une copropriété, cette bascule change trois choses. D’abord, le syndic devient responsable du choix et du renouvellement du contrat, sous mandat de l’assemblée générale. Ensuite, le prix n’est plus encadré par les pouvoirs publics : il reflète directement les conditions négociées avec le fournisseur. Enfin, le poste gaz, qui pèse lourd dans le budget d’un immeuble chauffé collectivement, devient une variable active des charges, susceptible de monter comme de baisser au fil des renégociations.
Le cadre officiel de cette suppression est détaillé par le médiateur national de l’énergie, qui rappelle que la mesure découle d’une mise en conformité avec le droit européen. Un courrier d’information du ministère de la Transition écologique a été adressé aux clients concernés, conformément à l’article 63 de la loi énergie-climat.
Charges contestées en assemblée générale : une hausse du poste gaz non préparée peut entraîner des contestations lors de l’approbation des comptes. Le syndic a intérêt à documenter sa démarche de mise en concurrence et à conserver les devis comparés.
Prenons une copropriété dont le contrat de bascule arrive à échéance après juillet 2023 : à l’approche du terme, le syndic doit solliciter plusieurs fournisseurs, obtenir des devis valables à une même date, puis soumettre le choix au conseil syndical ou à l’assemblée selon le mandat en vigueur. Pour sécuriser cette étape, un fournisseur de gaz pour copropriétés adapté se sélectionne à partir d’une mise en concurrence formalisée, et non d’une reconduction tacite du contrat existant.
Quels fournisseurs de gaz choisir pour une copropriété en 2026 ?
Le marché français du gaz naturel compte plusieurs dizaines de fournisseurs autorisés à commercialiser des offres aux professionnels et aux copropriétés. La liste officielle des fournisseurs actifs est publiée et mise à jour par la Commission de régulation de l’énergie. Pour une copropriété avec chauffage collectif, tous ne proposent pas d’offres adaptées : la cible usuelle regroupe le fournisseur historique et une sélection d’acteurs alternatifs ayant développé une offre dédiée aux segments professionnels et aux immeubles résidentiels.
On distingue schématiquement deux familles. D’un côté, les grandes enseignes historiques, qui offrent une forte capacité commerciale, un service clientèle structuré et des durées de contrat généralement standardisées. De l’autre, des acteurs alternatifs, souvent plus souples sur la négociation, le format du devis ou les options (gaz vert, indexation personnalisée), mais dont la couverture et les services annexes peuvent varier.
Les critères de sélection utiles au syndic sont concrets :
- le prix proposé en € HT/MWh pour la Consommation Annuelle de Référence (CAR) de l’immeuble ;
- la durée d’engagement (12, 24 ou 36 mois) ;
- la structure du prix (fixe ou indexé, et sur quel indice) ;
- les conditions de résiliation anticipée ;
- l’inclusion éventuelle d’une part de gaz vert, souvent facturée en supplément ;
- la qualité du suivi client (interlocuteur dédié, portail de suivi des consommations).

En pratique, il est recommandé de solliciter au moins trois fournisseurs, en précisant la CAR exacte et la période de livraison souhaitée. Les devis doivent être demandés à une même date, dans la même semaine idéalement, car les prix de gros du gaz évoluent chaque jour. Un devis daté de deux mois ne reflète plus les conditions actuelles du marché.
Prix fixe ou prix indexé : quel type d’offre privilégier ?
Deux grands mécanismes de tarification coexistent sur le marché du gaz. Le prix fixe garantit un tarif en € HT/MWh constant pendant toute la durée du contrat, en général entre 12 et 36 mois. Le prix indexé évolue selon une formule explicite liée à un indice de marché (par exemple le prix de gros PEG ou TTF), avec une révision mensuelle, trimestrielle ou annuelle.
Chaque mécanisme a ses forces et ses limites, qui dépendent du profil de la copropriété et de sa tolérance aux variations.
Comparer prix fixe et prix indexé pour une copropriété
- visibilité totale sur le budget prévisionnel de charges ;
- protection contre une hausse brutale des prix de gros ;
- argument simple à défendre en assemblée générale.
- prime de sécurité intégrée par le fournisseur, donc tarif de base souvent plus élevé ;
- aucune participation à une baisse éventuelle du marché ;
- pénalité possible en cas de résiliation anticipée.
Le prix indexé fonctionne à l’inverse : il expose la copropriété aux variations du marché, à la hausse comme à la baisse. Il convient à un immeuble doté d’une trésorerie confortable, dont le conseil syndical accepte de suivre les évolutions et de communiquer régulièrement sur l’évolution des charges.

- Copropriété prudente, charges déjà sous tension :privilégier un prix fixe sur 24 ou 36 mois pour sécuriser la part gaz des charges et éviter toute contestation en assemblée.
- Copropriété avec trésorerie et conseil syndical actif :un prix indexé avec révision trimestrielle peut capter les baisses du marché, à condition d’un suivi régulier.
- Contrat arrivant à échéance en période de prix de gros élevés :un prix fixe court (12 mois) permet d’attendre une accalmie avant un engagement plus long.
- Immeuble récent avec consommation stable et basse :l’écart entre les deux formules est souvent faible en valeur absolue : la visibilité du prix fixe l’emporte généralement.
Comment comparer objectivement les devis de gaz en copropriété ?
La comparaison de devis gaz est le point où les erreurs se concentrent. Trois conditions doivent impérativement être réunies pour qu’une comparaison soit valide : les devis doivent être émis à la même date, porter sur la même Consommation Annuelle de Référence (CAR) et exprimer les montants selon la même convention (HT ou TTC). Si l’une de ces trois conditions manque, l’écart apparent entre deux offres peut ne refléter aucune différence réelle.
La CAR correspond à la consommation annuelle estimée de l’immeuble, exprimée en MWh et utilisée par le fournisseur pour calculer le prix proposé. Elle sert de base commune : un fournisseur qui travaille sur une CAR plus faible peut afficher un prix unitaire inférieur sans que l’offre soit réellement plus compétitive, car les coûts fixes seront proportionnellement plus lourds.
Points à aligner avant comparaison : date d’émission des devis identique à quelques jours près, CAR unique transmise à chaque fournisseur, prix tous exprimés en € HT/MWh, frais annexes (acheminement, abonnement, taxes) explicités ligne à ligne.

Un tableau de synthèse permet de poser objectivement les offres côte à côte. La structure ci-dessous illustre une comparaison type, à adapter selon les devis reçus.
| Critère | Devis A | Devis B | Devis C |
|---|---|---|---|
| Date d’émission | à aligner | à aligner | à aligner |
| CAR retenue (MWh) | identique | identique | identique |
| Type d’offre | prix fixe | prix indexé | prix fixe |
| Prix moléculaire (€ HT/MWh) | à renseigner | à renseigner | à renseigner |
| Abonnement annuel (€ HT) | à renseigner | à renseigner | à renseigner |
| Durée d’engagement | 24 mois | 12 mois | 36 mois |
| Conditions de résiliation | à vérifier | à vérifier | à vérifier |
Pour les copropriétés qui ne disposent pas de ressources internes dédiées, le recours à un courtier en énergie peut faciliter la mise en concurrence. La prestation est souvent présentée comme gratuite pour la copropriété, le courtier étant rémunéré par le fournisseur retenu. Cette modalité mérite d’être connue : elle ne doit pas pour autant dispenser le syndic de vérifier lui-même la cohérence des devis et de documenter la démarche vis-à-vis du conseil syndical.
Selon une enquête ARC sur le chauffage collectif, le chauffage représente 30 à 40 % des dépenses totales d’une copropriété, le gaz étant l’énergie la plus utilisée en chauffage collectif. Ce poids justifie l’investissement en temps consacré à une comparaison rigoureuse.
Au-delà du contrat de fourniture, les économies durables passent aussi par l’état de l’installation elle-même. Un guide planification chaufferie peut aider le conseil syndical à articuler renégociation du gaz et travaux d’optimisation.
FAQ : questions fréquentes sur le contrat de gaz en copropriété
Les questions suivantes reviennent régulièrement lors des assemblées générales et des échanges avec le conseil syndical. Les réponses visent à sécuriser la décision sans se substituer à un conseil juridique ou énergétique adapté à chaque situation.
Le changement de fournisseur entraîne-t-il une coupure de gaz ?
Non. Le réseau de distribution reste géré par le gestionnaire de réseau, indépendamment du fournisseur. L’alimentation en gaz de l’immeuble est maintenue sans interruption lors de la bascule d’un fournisseur vers un autre, à condition que les dates de fin de l’ancien contrat et de début du nouveau soient correctement coordonnées.
Faut-il un vote en assemblée générale pour changer de fournisseur ?
Cela dépend du mandat du syndic et des clauses du règlement de copropriété. Dans la plupart des cas, la souscription d’un contrat d’énergie est intégrée à la gestion courante confiée au syndic, mais une décision structurante (engagement long, montant significatif) peut nécessiter un vote. Il est prudent d’informer le conseil syndical en amont et de documenter la démarche de mise en concurrence.
Quelle durée d’engagement choisir pour le nouveau contrat ?
Les durées courantes vont de 12 à 36 mois. Un engagement court (12 mois) offre de la flexibilité mais oblige à renégocier plus souvent. Un engagement long (36 mois) sécurise le prix mais réduit la capacité à profiter d’une baisse ultérieure du marché. Le choix dépend du type d’offre (fixe ou indexé) et de l’anticipation faite sur l’évolution des prix de gros.
Peut-on résilier le contrat en cours de route ?
La résiliation anticipée d’un contrat d’énergie professionnel entraîne généralement des indemnités, dont le montant est précisé dans les conditions générales. Pour une copropriété, il est préférable d’anticiper le terme du contrat et de lancer la nouvelle mise en concurrence quelques mois avant l’échéance plutôt que de rompre un engagement en cours.
Qu’advient-il si aucun nouveau contrat n’est signé à temps ?
En l’absence de contrat actif, le fournisseur en place peut appliquer une offre par défaut, souvent moins avantageuse. Pour éviter cette situation, il est recommandé de démarrer la démarche de renégociation environ six mois avant l’échéance du contrat courant, de façon à disposer du temps nécessaire pour comparer, décider et signer.
Chaque renégociation est une occasion de reposer les bases du poste gaz des charges : connaître la CAR exacte, documenter les devis à conditions identiques et arbitrer en fonction du profil financier de l’immeuble. Pour aller plus loin sur les arbitrages liés à cette période charnière, l’article fin des TRV gaz apporte un éclairage complémentaire sur les points de vigilance. En structurant la démarche autour de ces repères, le syndic peut présenter un choix défendable au conseil syndical et aux copropriétaires, quel que soit le sens du marché.